STOFË
Portrait en noir et blanc de Jon Bislimi

L’artiste de la collection

Jon Bislimi

Créer Maison Stofë relève d’un pari un peu fou : refuser l’alternative convenue entre le folklore et le minimalisme aseptisé, pour ramener l’esthétique albanaise là où personne ne l’attend, dans l’exigence du haut de gamme français et européen.

On a trop souvent réduit nos motifs anciens à des symboles patrimoniaux, exposés derrière une vitre ou sortis seulement pour les grandes occasions, un peu comme si leur beauté ne supportait pas la lumière du quotidien. J’ose croire pourtant en l’inverse. Un signe millénaire révèle une modernité saisissante en son temps, mais aussi dès qu’on le confronte au design contemporain, parce qu’il a été pensé bien avant nous avec cette économie de moyens que les plus grands créateurs cherchent encore.

Concevoir ce travail à Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse, n’est donc pas un simple clin d’œil à la capitale de la soie. C’est accepter de se mesurer à une ville qui a fait de l’étoffe un art, et de s’imposer ses exigences : un twill irréprochable et un tombé assez juste pour que l’objet porte le récit.

« Le traditionnel, il faut accepter de le risquer au présent et de le soumettre à la rigueur du beau, jusqu’à ce qu’il cesse d’être un simple rappel identitaire pour devenir une matière à part entière, capable de dialoguer d’égal à égal avec ce qui se fait de mieux, et ainsi, l’identité de tous. »

C’est aussi une manière de questionner ce que nous faisons de notre héritage. Une tradition pour rester vivante, il faut accepter de la risquer au présent et de la soumettre à la rigueur du beau, jusqu’à ce qu’elle cesse d’être un simple rappel identitaire pour devenir une matière à part entière, capable de dialoguer d’égal à égal avec ce qui se fait de mieux, et ainsi, l’identité de tous.

Stofë se construira avec celles et ceux qui partagent cette exigence. Ateliers lyonnais héritiers du Jacquard ou artisans des Balkans qui gardent les gestes anciens, j’espère que ce premier carré ouvrira la voie à des collaborations avec des mains qui font de la qualité une évidence.

Jon Bislimi

Lyon, 2026